L'apocalypse. Le ciel s'est abattu sur la tête de l'équipe de France, éliminée de l'Euro 2020 en huitièmes de finale par la Suisse, ce lundi 28 juin. Il fallait un perdant à ce match rocambolesque, où chaque équipe est passée du trou noir à l'apothéose à plusieurs reprises. Et ce perdant allait nourrir d'immenses regrets.

Olivier Giroud, Adrien Rabiot et Presnel Kimpembe n'en reviennent pas : la France est éliminée de l'Euro. Icon Sport
Olivier Giroud, Adrien Rabiot et Presnel Kimpembe n'en reviennent pas : la France est éliminée de l'Euro. Icon Sport

Ce perdant, c'est l'équipe de France, passée complètement à côté de sa première période, mais transformée après la pause. Ce perdant, c'est Didier Deschamps, qui a plombé les Bleus en les lançant dans un 3-4-2-1 contre-nature. Un perdant qui a aussi le visage de Benjamin Pavard, dépassé comme il l'a été tout au long de l'Euro. Ce perdant, c'est Kylian Mbappé, qui a manqué des occasions en or en prolongation et qui a envoyé les Bleus en enfer à cause de son tir au but raté. Ce perdant, c'est toute l'équipe de France, qui n'a pas su gérer un avantage de deux buts à neuf minutes de la fin du temps règlementaire. Et ce perdant n'a plus que ses yeux pour pleurer.

Le fantôme de l'équipe de France

Comme une subtile prémonition, c'est une joute assez ouverte qui se dessine entre les deux équipes dès les premières minutes. Mbappé bénéficie d'espaces et se met déjà en valeur. Mais ce début de match des Bleus est un mirage. Et un gros. Rapidement, les masques tombent pour cette équipe de France complètement déboussolée dans le 3-4-2-1 contre-nature de Didier Deschamps.

Adrien Rabiot et Karim Benzema complètement déboussolés dans le 3-4-2-1 de Didier Deschamps. Icon Sport
Adrien Rabiot et Karim Benzema complètement déboussolés dans le 3-4-2-1 de Didier Deschamps. Icon Sport

C'est au milieu que les failles sont le plus criantes : les Suisses se trouvent plein champ comme s'il n'y avait que des feuilles mortes en face d'eux. Et en défense, le vernis qui s'était déjà effrité à quelques reprises craque dès la 15e minute. Pavard monte trop tardivement sur Zuber, qui peut tranquillement adresser un centre tendu pour Seferović. L'attaquant suisse se débarrasse de Lenglet comme s'il n'était qu'un insecte et trompe Lloris d'une tête imparable (0-1, 15e).

Les Bleus sont déjà dos au mur, et il s'agit de réagir rapidement. Sauf que personne ne réagit. L'équipe de France semble résignée, comme un message envoyé à Didier Deschamps pour dire qu'elle est incapable de démontrer quoi que ce soit dans ce système. Quitte à se désavouer, le sélectionneur modifie alors son dispositif pour replacer Rabiot dans le cœur du jeu et décaler Kimpembe en latéral gauche. Mais rien n'y fait : les problèmes défensifs comme offensifs des Bleus sont toujours aussi navrants. Face au bloc très compact de la Suisse, Mbappé et Benzema sont repoussés loin de la surface. Griezmann, lui, est introuvable. La Nati aurait même pu regagner la pause avec deux buts d'avance si Embolo s'était montré plus avisé.

Kylian Mbappé, impuissant, regagne les vestiaires la tête basse : la France est au fond du trou à la mi-temps. Icon Sport
Kylian Mbappé, impuissant, regagne les vestiaires la tête basse : la France est au fond du trou à la mi-temps. Icon Sport

Lloris, sauveur de la France

Didier Deschamps et son système, acte III. La France entame la seconde période avec un visage encore différent : un 4-4-2 tout aussi inhabituel, dans lequel Coman prend la place d'un Lenglet aux abois. Mais là encore, l'électrochoc ne prend pas. C'est même l'inverse. En défense, Pavard est d'une faiblesse confondante sur son côté. Le latéral droit se laisse déborder toute en naïveté et concède un penalty désolant pour un tacle désespéré très évitable (54e). La France est au bord du gouffre. Et elle a besoin d'un miracle. Ou plutôt d'un sauveur, nommé Hugo Lloris. Pourtant très peu à l'aise dans l'exercice, le gardien des Bleus se détend magnifiquement pour détourner la tentative de Rodriguez. Le miracle a eu lieu. Ce qu'on croit être le tournant du match aussi.

Benzema le prophète, Pogba le prêcheur

Car derrière, les Bleus sont portés par un vent nouveau. Pogba et Kanté montent en puissance au milieu, comme toute l'équipe. Les transmissions sont plus rapides, plus tranchantes. Mais surtout : la confiance a changé de camp. La Suisse sait qu'elle a laissé passer sa chance, et se met à trembler. La défense se retrouve ainsi désorganisée sur une sortie de camp, et Mbappé en profite pour être trouvé aux abords de la surface. Sa passe approximative est reprise comme par enchantement par un Benzema divin, qui enchaîne par un piqué bien senti pour égaliser (1-1, 57e). La France respire un grand coup. Et peut exploser, seulement deux minutes plus tard. Sur une action collective fulgurante, les Bleus mettent Griezmann en orbite. Son piqué est enlevé par Sommer, mais Benzema est là pour reprendre à bout portant (2-1, 59e).

Après être passée de l'enfer au paradis, la France ne semble plus en mesure d'être rejointe. Surtout quand Pogba, comme dans un rêve, porte le coup de grâce à la Suisse d'une frappe enroulée somptueuse dans la lucarne (3-1, 75e). Mais ce match n'a décidément rien de rationnel. L'équipe qui est dans un fauteuil semble en réalité dans un siège éjectable. Et l'équipe qui est à l'agonie semble capable de tous les exploits.

Paul Pogba, et la lumière fut. Icon Sport
Paul Pogba, et la lumière fut. Icon Sport

La Suisse revient de nulle part contre la France

La Suisse, qui a déjà six pieds sous terre, revient d'entre les morts grâce au monstrueux Seferović (3-2, 81e). Et réalise l'impensable en décrochant la prolongation grâce à l'entrant Gavranović (3-3, 88e). La France s'est écroulée comme un château de cartes, signe que ses problèmes n'allaient pas se régler en une demi-heure de transe. Et le pire, c'est que le KO est évité in extremis, Mehmedi ratant son contrôle seul face à Lloris. De l'autre côté, Coman fracasse la transversale dans une fin de match à quitte ou double.

Sonnée, la France pousse en prolongation

Après un tel feu d'artifice, les deux équipes éprouvent logiquement le besoin de redescendre en pression. La première période de la prolongation est pauvre en occasions. Sous le choc, la France met du temps à reprendre ses esprits. Mais galvanisée par ses entrants, elle reprend petit à petit du poil de la bête. Mbappé fait passer un premier vrai frisson (109e). Pogba, auteur d'une masterclass après la mi-temps, repousse encore les limites du beau avec ses passes célestes. Mais ni Mbappé, qui n'a pourtant qu'à conclure (111e), ni Giroud (115e) ne récompensent le travail en or du Mancunien. L'attaquant bénéficiera d'une ultime occasion avec une tête que Sommer attrape (119e) pour voler vers les tirs au but.

Yann Sommer se détend pour capter la dernière tête de Giroud. Icon SPort
Yann Sommer se détend pour capter la dernière tête de Giroud. Icon SPort

Des tirs au but avec Mbappé en fossoyeur

Comme un symbole, les équipes se tiennent aussi lors de la séance fatidique. 1-1, puis 2-2, 4-4... La Suisse réussit sa cinquième tentative. C'est à Kylian Mbappé que revient la mission de garder les Bleus en vie. Mais le tir au but du Parisien est détourné par un Sommer héroïque, qui envoie la Suisse en quart de finale de l'Euro. La France, elle, est éliminée avec le double sentiment d'un ratage monumental et d'un immense gâchis. Ça fait beaucoup. Beaucoup de peine que les Bleus mettront du temps à digérer.

La fiche du match

France 3 - 3 Suisse (4-5 t.a.b)

Buts : Benzema (57e, 59e), Pogba (73e) pour la France / Seferović (15e, 81e), Gavranović (88e) pour la Suisse

France (3-4-2-1) : Lloris – Varane, Lenglet (46e, Coman puis 111e, Thuram), Kimpembe – Pavard, Kanté, Pogba, Rabiot – Griezmann (88e, Sissoko) – Mbappé, Benzema (94e, Giroud).

Suisse (3-4-1-2) : Sommer – Elvedi, Akanji, Rodriguez (87e, Mehmedi) – Widmer (74e, Mbabu), Xhaka, Freuler, Zuber (80e, Fassnacht) – Shaqiri – Embolo (80e, Vargas), Seferović (97e, Schär).