Le match nul de la France contre le Portugal (2-2), ponctué d'un doublé libérateur pour Karim Benzema mercredi 23 juin, n'a pas apporté que des bonnes nouvelles aux Bleus. Lucas Hernandez, touché au genou, a dû être remplacé à la mi-temps par Lucas Digne... qui s'est lui-même blessé six minutes après son entrée ! Dépourvu d'options au poste de latéral gauche, Didier Deschamps a dû bricoler en faisant entrer Adrien Rabiot... lui qui n'avait jamais joué à ce poste ! Le milieu central de la Juve a certes parfaitement assuré l'intérim. Mais le sélectionneur peut-il prendre le risque de continuer avec cette option qui ressemble plus à une roue de secours ?

Le paradoxe Rabiot

Au moment de trouver un remplaçant à Lucas Digne, à la 52e minute de France-Portugal, Didier Deschamps avait le choix. Il disposait de plusieurs défenseurs sur le banc (Kurt Zouma, le gaucher Clément Lenglet), mais aussi de son habituel latéral droit titulaire, Benjamin Pavard. Pourtant, c'est vers son milieu Adrien Rabiot que "DD" s'est tourné. Un choix pas anodin, puisqu'il s'agissait autant de combler un trou lors de ce match que de préparer le huitième de finale contre la Suisse. A priori, Rabiot semble donc être le candidat n°1 pour le poste de latéral gauche dans quatre jours dans l'esprit du sélectionneur. Autrement, Deschamps aurait décalé Kimpembe à gauche, il aurait fait entrer Pavard, il aurait baladé Tolisso à ce nouveau poste...

Paradoxalement, Adrien Rabiot est pourtant l'une des options les moins évidentes à ce poste. Comme mentionné, l'ancien du PSG n'avait encore jamais joué latéral gauche. Et la transition entre le poste de milieu et de latéral est beaucoup moins naturelle que celle d'un latéral droit qui dépannerait à gauche. La plupart des entraîneurs font d'ailleurs appel à un latéral pour compenser un trou de l'autre côté de la défense. Alors pourquoi Deschamps a-t-il donné sa préférence à Rabiot ? Estime-t-il que les autres candidats ne tiennent pas la route ?

Kimpembe, Pavard, Koundé : pourquoi Deschamps a zappé ses défenseurs

Contre le Portugal, l'option la plus naturelle aurait été de faire entrer Benjamin Pavard. Le latéral droit a déjà évolué cinq fois à gauche chez les pros, dont quatre matchs avec Lille en 2015/2016 et un avec le Bayern en octobre 2019. Mais le Nordiste, malgré sa mise sur le banc face au Portugal, reste le latéral droit titulaire dans l'esprit de Didier Deschamps. C'est à ce poste qu'il devrait débuter contre la Suisse, en huitième de finale. Pourquoi ne pas alors avoir fait entrer Pavard à droite pour décaler Koundé à gauche ? La pépite du Séville FC a déjà occupé ce poste à une reprise cette saison. Mais l'habituel défenseur central dépannait déjà à droite, et il s'est assez logiquement perdu (il a notamment concédé le deuxième penalty des Bleus). Alors à gauche...

Le remplaçant le plus crédible de Lucas Digne se nommait probablement Presnel Kimpembe. En effet, le défenseur a été formé comme latéral gauche dans les équipes de jeunes du PSG. Il a aussi disputé un match à ce poste avec les professionnels (en Ligue 1, en 2016). Mais décaler Kimpembe à gauche reviendrait à désintégrer l'incontournable charnière centrale avec Varane. Et Clément Lenglet, qui le suppléerait alors en défense centrale, sort d'une saison très compliquée au Barça...

Rabiot plutôt que Tolisso, le parti pris de Deschamps

Au milieu, outre Rabiot, Deschamps avait aussi une autre option raisonnable : Corentin Tolisso. Le joueur du Bayern a déjà dépanné six fois en tant que latéral gauche par le passé, et quinze en tant que latéral droit. C'était avec l'Olympique lyonnais, essentiellement lors de la saison 2014/2015. Le champion du monde 2018 est d'ailleurs justement apprécié par Deschamps pour sa polyvalence et sa disposition à jouer partout où on le lui demande. Mais à l'inverse de Rabiot, Tolisso présente l'inconvénient supplémentaire d'être droitier. Moussa Sissoko, dont le profil pourrait également permettre de dépanner comme latéral gauche, est dans le même cas de figure.

On peut en conclure que si Deschamps a donné la primauté à Rabiot, c'est parce qu'il lui semble indispensable que son latéral gauche de fortune soit gaucher. Mais le joueur de la Juventus présente aussi d'autres atouts. Monstrueux défensivement contre l'Allemagne, l'ancien Parisien est un gage de solidité dans ce domaine. Et on sait à quel point Deschamps accorde de l'importance à cet aspect dans l'équilibre de son équipe.

D'autre part, Rabiot est aussi l'un des éléments les plus confirmés de Deschamps sur le plan tactique. Chez les Bianconeri, références en la matière, "le Duc" est devenu un maître dans l'art du positionnement, des déplacements et du comblement des espaces en fonction de l'adversaire. C'est cette capacité d'adaptation que Deschamps apprécie particulièrement. Enfin, Rabiot a montré contre le Portugal qu'il était capable d'apporter des choses offensivement. Sa percussion enthousiasmante balle au pied pour déborder son vis-à-vis en a été un aperçu.

La revanche du "grand oublié" Léo Dubois ?

Mais en réalité, c'est une toute autre option qui semble la plus naturelle. Et elle se nomme Léo Dubois. Le latéral droit de l'OL a déjà évolué à treize reprises comme latéral gauche. Si sa dernière expérience de ce genre remonte à septembre 2019, l'ancien Nantais a toujours tenu la baraque dans ce rôle. Problème : Deschamps ne semble accorder aucune confiance à son joueur de 26 ans. Ce dernier a carrément été doublé par le défenseur central Jules Koundé dans la hiérarchie des latéraux, et a toujours été placé en tribunes depuis le début de l'Euro. C'est d'ailleurs pour cette raison que le sélectionneur s'est retrouvé dans le flou au moment de remplacer Digne, privé de son suppléant le plus évident.

Mais pour Deschamps, il serait trop risqué de reconduire l'échantillon test Rabiot alors que les matchs couperet débutent. Dubois connaît toutes les spécificités du poste de latéral, et il aurait donc l'avantage de ne pas être trop déboussolé, même à gauche. A un stade de la compétition où les moindres détails comptent, Deschamps peut difficilement se permettre de remettre son destin entre les mains d'un Rabiot qui naviguerait en terrain inconnu à ce poste. A l'entraînement, ce jeudi 24 juin, Dubois a d'ailleurs passé la séance en position de latéral gauche. Le poste que le Lyonnais occupera lundi 28 juin dès le coup d'envoi face à la Suisse ?