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Olympique de Marseille : Merci pour ta fraîcheur, André Villas-Boas

Une franchise devenue rare

André Villas-Boas en conférence de presse.
André Villas-Boas en conférence de presse. Crédits Alexandre Dimou/Icon Sport

André Villas-Boas a été mis à pied par l'Olympique de Marseille ce mardi, après ses propos fracassants en conférence de presse. Fracassants, mais tellement rafraîchissants. Plus

Rares sont les entraîneurs à ne pas être sous le choc après une telle sanction. Mais André Villas-Boas, lui, a probablement accueilli la punition de l’Olympique de Marseille avec satisfaction. L’entraîneur portugais a été mis à pied par son club mardi, et c’est probablement ce qu’il était venu chercher après ses propos incendiaires en conférence de presse un peu plus tôt. Des propos mordants, presque trop, mais qui ont le mérite de redonner un souffle de vie à cet univers aseptisé qu’est devenu la communication des entraîneurs.

Les raisons de la colère d’André Villas-Boas

Il devait simplement évoquer l’attaque du centre d’entraînement de l’OM par des supporters ivres de rage, le week-end dernier, et le report du match contre Rennes. Mais André Villas-Boas a fait de sa conférence de presse un show. Son show.

Cela fait plusieurs mois, et avant même le début de la saison, que le Portugais éprouve un sentiment de malaise au sein du club phocéen. Entre un propriétaire absent (Franck McCourt), un triste record de « lose » en Ligue des champions, un président déconnecté des supporters (Jacques-Henri Eyraud) et des joueurs cadres pas au niveau, Villas-Boas avait déjà de nombreuses raisons de vouloir quitter le navire. Les graves incidents de ce week-end, révélateurs d’une fracture profonde entre les supporters de l’OM et sa direction, n’ont fait que renforcer ses tourments.

André Villas distribue ses consignes.
André Villas distribue ses consignes. © Andrew Yates/Sportimage/Cal Sport Media / Icon Sport

Pourtant, ce n’était pas (encore) la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour « AVB ». C’est lundi soir, selon lui, que l’OM a franchi la ligne rouge. Comment ? En recrutant un joueur (Olivier Ntcham) dont il ne voulait pas.

Cette décision, ce n’est pas moi qui l’ai prise. Je n’ai rien à voir avec ça, je l’ai appris ce matin par la presse. C’est précisément un joueur pour lequel j’avais dit non. J’ai présenté ma démission à cause de ça, en disant que je n’étais pas d’accord avec la politique sportive. (…) Ce club a déjà vécu deux-trois ans de n’importe quoi sur les transferts, et je ne veux pas accepter ça.

André Villas-Boas en conférence de presse

Des propos cassants

Bien sûr, la violence de ses propos a de quoi choquer. Un entraîneur est censé défendre son club, et non pas l’attaquer publiquement. André Villas-Boas aurait pu se contenter de manifester en privé sa colère auprès de sa direction. Tout comme il aurait pu être plus vague au sujet d’Olivier Ntcham, au lieu de réserver un accueil aussi froid à ce jeune joueur qui débarque dans un environnement hostile.

Mais on ne pourra pas reprocher à André Villas-Boas de ne pas avoir envoyé de signaux clairs à sa direction. Lorsqu’il s’était déclaré contre le départ du directeur sportif Andoni Zubizarreta, l’OM ne l’avait pas écouté en remplaçant le Basque par Pablo Longoria. Lorsqu’il s’était plaint des (faibles) moyens dont il disposait pour rivaliser en Ligue des champions, l’OM l’avait laissé se débrouiller avec ce qu’il avait. André Villas-Boas a d’autres passions que le football dans sa vie, et il a toujours dit qu’il mettrait un terme à son retour le jour où il n’éprouverait plus de plaisir dans sa fonction.

Il part droit dans ses bottes

Alors pour obtenir gain de cause, André Villas-Boas n’a pas hésité à mettre les pieds dans le plat, en affichant publiquement sa direction. Ce n’est pas l’OM qu’il visait, mais ses supérieurs, qu’il accuse de faire mal à l’OM justement. Et il savait que son discours ferait mouche, précisément parce qu’on n’ose soupçonner d’un entraîneur qu’il dénonce son club de manière aussi catégorique.

André Villas-Boas à Rennes.
Droit dans ses bottes, « AVB ». Crédit Icon Sport

Là où tant d’entraîneurs se contentent de rester à leur place et de ruminer leur frustration en silence, « AVB » a préféré partir en restant droit dans ses bottes, plutôt que de toucher tranquillement son salaire jusqu’à la fin de son contrat. Et la seule façon de le faire était d’exprimer le fond de sa pensée, sans filtre. Une franchise inhabituelle pour un entraîneur qui, si elle peut choquer, a le mérite de faire passer un vent de fraîcheur dans ce monde qui en manque trop souvent.

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